31ème dimanche du temps ordinaire - 3 novembre 2024

Mc 12, 28b-34

 

La foi catholique ne trouve pleinement son sens que devant la mort. Elle n’empêche pas la tristesse ni la souffrance : la peine est aussi grande. Mais elle donne plus qu’une consolation : elle donne la force de l’espérance, de la grande espérance.

Voilà les trois réflexions que je voudrais vous livrer en ces jours de prières pour nos Défunts.

D’abord, la foi catholique ne trouve pleinement son sens que devant la mort.

Ce n’est pas vrai des autres religions : la vie après la mort est un tabou de l’Ancien Testament. Pour nos frères juifs, la priorité est clairement communautaire : Ecoute Israël ! La priorité est donnée, nous venons de l’entendre, au respect des commandements de Dieu, à la Loi et à la justice.
Cela dit, si les deux commandements de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain figurent dans l’Ancien Testament et nous sont communs, aux Juifs et aux Chrétiens, nous n’en faisons pas la même lecture ni la même interprétation, surtout dans la bouche de Jésus.

Si nous croyons en un seul Dieu, un unique Seigneur, sa transcendance interdit aux Juifs d’en dire beaucoup plus et même de prononcer son Nom, tandis que nous Chrétiens savons, par Jésus Christ, que ce Dieu unique est trois personnes de même substance. Comme dit la Préface de la Messe de la Sainte Trinité : Père, ce que nous croyons de ta gloire, parce que tu nous l’as révélé, nous le croyons pareillement, et de ton Fils, et du Saint Esprit.
« Et quand nous proclamons notre foi au Dieu éternel et véritable, nous adorons en même temps chacune des personnes, leur unique nature, leur égale majesté ».

Nous n’avons pas non plus la même définition du ‘prochain’ à aimer comme soi-même.

Pour nous qui appelons Dieu notre Père, ce prochain est notre égal, notre frère. Demandez aux Juifs et aux Musulmans s’ils nous considèrent comme leurs frères, à égalité avec eux devant Dieu ?

2ème réflexion : si la foi catholique ne trouve pleinement son sens que devant la mort, elle n’empêche pas la tristesse ni la souffrance : la peine est aussi grande dans ce passage que la Bible appelle « le chemin de tout le monde ». La peine de chacun est la peine de toute l’humanité. Ce qui fait de nous des êtres humains est notre capacité à nous aider, nous soutenir, nous réconforter.
Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés, entendions-nous au jour de la Toussaint. Dieu nous envoie consoler l’affligé, quelle que soit sa religion : « le Seigneur m’a donné une langue de disciple afin que je sache apporter à l’affligé une parole de réconfort » (Is 50, 4).
Il en va de même sur le plan matériel : « Celui qui a de quoi vivre en ce monde, s’il voit son frère dans le besoin sans faire preuve de compassion, comment l’amour de Dieu pourrait-il demeurer en lui ? » (1 Jn 3, 17).
A Mohammed qui vient de temps en temps chercher de l’aide pour son loyer, je lui demande pourquoi il ne vient me voir que quand il a besoin de moi, et que font pour lui son Imam et ses frères ? ‘Sois logique, deviens catholique’.

3ème réflexion : La foi catholique ne trouve pleinement son sens que devant la mort ; elle n’empêche pas la tristesse qui est aussi grande. Mais elle donne plus qu’une consolation : elle donne la force de l’espérance, de la grande espérance.
« Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. Retenez ce que je viens de dire, et réconfortez-vous les uns les autres » (1 Th 4, 18).

Quand le Pape François s’est rendu en Papouasie, il a rappelé que « même si nous l’oublions parfois – l’être humain a aussi besoin, au-delà du nécessaire pour vivre, d’une grande espérance dans le cœur, qui le fasse bien vivre, lui donne le goût et le courage de se lancer dans des projets de grande envergure et lui permet de lever son regard vers le haut et vers de vastes horizons ».

La grande erreur de notre temps est de penser qu’en effaçant les religions, on rapprocherait les peuples et les êtres humains. Or ils ne peuvent se rapprocher qu’en se parlant, en cherchant par le langage à savoir qui ils sont. La foi et le catéchisme est l’apprentissage d’un langage, et du langage le plus important, le langage de la prière, partie intégrante du langage de l’amour.

Un couple mixte, lui juif elle catholique, est venu me voir parce que l’aîné de leurs enfants demandait le baptême, sans qu’ils sachent si c’était l’influence des copains ou l’appel de Dieu ou les deux. Mais le papa ne se voyait pas présenter la chose à ses parents, si peu pratiquants qu’ils fussent, problème de loyauté et de communauté.

A ces parents, j’ai dit : apprenez à vos enfants à prier, à parler avec Dieu, à l’écouter et le supplier. Apprenez-lui le langage de la prière et de l’amour, avec cet espoir qu’ils le parlent un jour mieux que vous.

C’est le sens de la prière de délivrance, l’exorcisme, au baptême des nouveau-nés : « cet enfant sera tenté comme chacun de nous par les mensonges de ce monde ». Le Christ est venu nous délivrer de tout mal et notamment de la malédiction de Babel quand les êtres humains « ne se comprennent plus les uns les autres » (Gn 11, 7).
Par le baptême, le Christ ouvre l’âme de l’enfant à l’amour de Dieu et du prochain, après lui avoir imposé les mains comme dans l’évangile : Effatah ! Ouvre-toi !
Le Seigneur a fait entendre les sourds et parler les muets, qu’il te donne d’écouter sa Parole et de proclamer ta foi.

C’est ce langage de la prière et de l’amour que nous avons besoin d’apprendre et de parler entre nous pour entrer un jour au Royaume de Dieu.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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