Qu’est-ce qui fait que ça marche entre frères et sœurs ?

4ème dimanche du Carême - 30 mars 2025

Lc 15, 1-3. 11-32

 

L’entente entre frères et sœurs est dès le début de la Bible un haut lieu du combat spirituel, avec cette parole que le Seigneur adresse à Caïn : « Le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer » (Gn 4, 7).

L’histoire d’Abel et Caïn ne fait pas partie des textes que nous entendons à la messe le dimanche. Premiers enfants d’Adam et Eve, Caïn est l’aîné, Abel le cadet. « Abel devint berger et Caïn cultivait la terre » comme son père, puisque Adam avait été créé pour cultiver le sol, et Eve pour l’aider.

« Au temps fixé, Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur. De son côté (déjà séparément) Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais vers Caïn et son offrande, il ne le tourna pas. Caïn en fut très irrité et montra un visage abattu » (Gn 4, 3-5).

C’est là que le Seigneur dit à Caïn : « Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage abattu ? Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas ton visage ? Mais si tu n’agis pas bien…, le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer » (Gn 4, 7).

La Tradition explique que l’offrande de Caïn n’avait pas été agréée parce que son cœur était mal disposé et non l’inverse. Son irritation s’est accrue jusqu’à exploser et se déchaîner contre son frère et le tuer, mais il était dès le départ mal disposé.

Le sujet nous concerne tous, cela dépend des jours et des caractères. Il paraît qu’il y a des gens qui sont d’humeur toujours égale. Un proverbe dit : méfiez-vous de l’eau qui dort. Dans les commentaires qui en sont donnés sur internet, à propos des personnes faussement calmes, doucereuses, on peut lire : On lui donnerait le bon dieu sans confession, mais prudence ! La confession est un excellent remède à la mauvaise humeur, contre le ressentiment qui croupit.

La figure biblique de l’homme mal disposé est le prophète Jonas qui s’en va dans la direction opposée quand Dieu l’envoie en mission, qui dort en fond de cale quand il faut prier, qui se met en colère et s’en va bouder quand les païens se convertissent.

Jonas, Jacob et Job, ou plutôt Jacob, Job et Jonas, de ces trois grandes figures du combat spirituel, c’est Jacob qui nous intéresse aujourd’hui dans son conflit avec son frère Esaü, et sa lutte contre l’Ange avant de retrouver son frère (Gn 32) : il est dans la même angoisse que le fils prodigue au moment de rentrer à la maison.
Il ne revient pas décharné, les mains vides comme le fils prodigue, mais son frère lui réserve le même accueil que le père de la Parabole du fils prodigue : quand il vit Jacob, Ésaü courut à sa rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou, l’embrassa, et tous deux pleurèrent » (Gn 33, 4).

Ce 4ème dimanche de Carême étant le dimanche de la joie, la joie de la réconciliation ! je voudrais que nous nous posions la question en amont : Qu’est-ce qui fait que ça se passe bien entre frères et sœurs ?

J’en connais plein, qui m’émerveillent ! J’en vois lors d’enterrements, où la place des frères et sœurs est pourtant difficile qui passent après les conjoints, après les enfants, parfois après les parents. Récemment c’étaient deux sœurs quasi centenaires qui avaient passé leurs vingt ou trente dernières années en se rendant visite tous les jours : leurs enfants et petits-enfants en étaient saisis, profondément émus devant leur intimité et complicité.

Nous en fêtons qui ont été canonisés, saints Cyrille et Méthode le 14 février, saint Benoît et sainte Scolastique, saint François et sainte Jacinthe les petits voyants de Fatima, les cousins de sainte Lucie. Il existe grâce à Dieu des relations de fraternité heureuses pour l’éternité. Ils avaient l’avantage de pouvoir parler de Dieu ensemble.

Qu’est-ce qui fait que ça marche entre frères et sœurs ? La question est plus constructive que de chercher les raisons qui font que ça ne marche pas.

Le rôle des parents est évident, encore que je connais deux sœurs que j’adore, si proches malgré leurs différences, y compris d’âge, à qui j’ai demandé leur secret : elles ont fait front commun dans leur enfance pour se protéger des disputes terribles de leurs parents.

Le rôle des parents suppose de la sagesse, de la justice et de la fermeté comme Jésus lorsque Marthe lui demande d’intimer l’ordre à sa sœur de l’aider (Lc 10, 40).
Dans sa réponse ‘Marthe, Marthe’, Jésus ne dit pas : ‘tu t’agites’ mais : ‘tu t’inquiètes’. Je sais le mal que tu te donnes. Accepte que Marie ne fasse pas la même chose que toi. Et la façon dont Marthe à la mort de Lazare va chercher sa sœur Marie montre que la leçon a porté quand elle lui dit tout bas : ‘Le Maître est là, il t’appelle’ (Jn 11, 28).

Dans la parabole du fils prodigue qu’on pourrait appeler le voyou repenti (pensez au bon larron), Jésus est le narrateur et nous montre l’œuvre de l’Esprit dans le cœur du fils perdu.

Dans la deuxième partie, le frère aîné (qui n’est pas le mauvais larron, au contraire !) explose à cause de tout ce qu’il vivait et ressassait depuis des années, y compris la souffrance de leur père depuis le départ du frère.
L’Esprit-Saint lui donnera-t-il de vivre ce que saint Paul recommande dans la Lettre aux Romains comme la juste ligne de la relation familiale : « Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent » (Rm 12, 15) ?

C’est comme ça que ça marche entre frères et sœurs !

C’est la clé de la bonne disposition intérieure, du cœur bien disposé au combat spirituel : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 21).

Et de l’offense par le pardon.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

Vous avez la possibilité de recevoir les homélies du Père Lancrey-Javal en remplissant ce formulaire