2ème dimanche du Carême - 16 mars 2025

Lc 9, 28b-36

 

La gloire de Dieu, pour nous pécheurs, se vit en ce monde sur le mode de l’intimité.

Bien sûr il y a des exceptions, le miracle du soleil, la dernière apparition de la Vierge Marie à Fatima, devant des dizaines de milliers de personnes, mais l’immense majorité des miracles ont lieu dans le secret. Même pour la multiplication des pains dans l’évangile, il n’est pas sûr que la foule ait eu connaissance du miracle : peut-être seulement les disciples. Ici, ils ne sont que trois, Pierre, Jean et Jacques, pas André le frère de Pierre, pourtant ‘le premier appelé’. Ils sont trois, la loi demandant que les faits soient établis sur la foi de deux ou trois témoins. En face, ils sont deux, Moïse et Elie, qui ont ceci en commun qu’on attendait leur retour, d’un nouveau Moïse en tout cas d’un prophète comme lui (Dt 18, 15. 18), et d’Elie « avant que vienne le jour du Seigneur » (Malachie 3, 23), ce qui explique sa présence plutôt que celle d’Abraham ou de David.
Elle s’explique aussi par d’autres traits que Moïse et Elie ont en commun, la montagne, le feu, et surtout le face à face que tous deux ont connus avec le Seigneur : ce sont deux hommes de la Gloire de Dieu et de l’intimité avec lui. L’honneur et la gloire. La gloire et la prière.

Et puis il faut ajouter, en ce temps de Carême, autre chose que Moïse et Elie ont en commun, qui est d’avoir été des violents, certes moins que David (à qui Dieu n’a pas laissé construire le Temple à cause du sang qu’il avait sur les mains) mais plus qu’Abraham, notre père dans la foi et amoureux de la paix.
Moïse avait tué l’Egyptien et fait noyer Pharaon et toute son armée. Elie avait fait massacrer les faux prêtres de Baal. Leur présence confirme que l’entrée dans la gloire de Dieu passe par le pardon. Et c’est pourquoi la gloire de Dieu, pour nous pécheurs, se vit en ce monde sur le mode de l’intimité.

La lumière de la Transfiguration est l’illumination de notre conscience.

« Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil », image de notre conscience lorsque nous ne voyons pas en quoi nous avons péché, une torpeur morale qui n’a rien à voir avec une fatigue physique ou nerveuse. ‘Je ne vois pas mes péchés’.

Pourtant leur connaissance est la condition du pardon : ce qui n’est pas assumé ne peut être pardonné. La miséricorde pour se déployer a besoin de la prise de conscience de nos péchés. Pour accueillir le pardon, il faut être capable d’ouvrir notre cœur, non par une introspection culpabilisante, et encore le mot est parfois révélateur de la part de ceux qui prétendent qu’on cherche à les culpabiliser, alors que leur réaction trahit un sursaut de leur conscience !

L’Esprit-Saint est la lumière de la conscience. Il vient l’éclairer pour la purifier et l’apaiser, et ainsi nous rassurer. Dans ta lumière, dit un Psaume, nous voyons la lumière. Dans ton amour, nous voyons le pardon.

Jésus s’est montré transfiguré à ses Apôtres pour leur donner la force de le suivre jusque dans sa Passion et sa Résurrection, leur révélant la vraie nature de sa divinité toute en tendresse, délicatesse et proximité.
Jésus j’ai confiance en toi parce que tu sais que je suis pécheur : tu connais mes faiblesses – Seigneur tu sais tout ! Tu sais bien que je t’aime alors que je suis faible et pécheur.

Pourquoi les Apôtres sont-ils restés ensemble après la mort de Jésus s’ils n’avaient su que Dieu est capable non seulement de ressusciter les morts comme le croyait Abraham au point d’offrir son fils (He 11, 19), mais aussi de nous pardonner nos péchés ?

Il nous ressuscitera pour la ‘résurrection bienheureuse’, pour vivre éternellement avec lui si nous reconnaissons nos péchés.

Chaque année à la Toussaint nous est donnée la vision du Livre de l’Apocalypse d’une foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues : « Ils viennent de la grande épreuve, ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies par le sang de l’Agneau » (Ap 7, 14). Ce sang est « le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ».
« Pour la multitude », pas pour la totalité. Tous, nous sommes aimés et appelés, mais nous ne voulons pas tous reconnaître nos péchés. La foi catholique ne dit pas que tous seront sauvés. Le salut universel est une idée généreuse, que la tradition nomme apocatastase, qui voudrait que même les démons redeviennent des anges, mais une hérésie.

La rémission des péchés suppose une conversion, une capacité de remise en question, dont nous savons qu’elle est la chose du monde la moins partagée : le réflexe est de faire porter la faute à quelqu’un d’autre.
Fait partie du péché d’Adam le refus de sa responsabilité : « c’est la femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre ». Et la femme accuse pareil, de son côté : « C’est le serpent qui m’a trompée » (Gn 3, 13). Le sur-péché (comme on parle de sur-accident sauf que le péché n’est pas un accident) est le renvoi de la responsabilité sur un autre que soi. C’est la faute de l’arbitre. Du système. De la société. La faute à Voltaire. La faute à pas de chance.

A la fin, saint Luc ne dit pas, comme Matthieu et Marc, que Jésus ordonna à ses disciples de « ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts » (Mc 9, 9). Il dit que « les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu » : ils sont un peu comme l’homme riche de l’évangile dans l’embarras de leur conscience et les contradictions de leur existence. L’homme riche, lui, repart (Lc 18, 23). « Voulez-vous partir, vous aussi ? ».
Il est désagréable et humiliant de prendre conscience de ses torts. ‘Mon père, je n’aime pas me confesser’ : Personne n’aime voir ses péchés ! Mais c’est le Christ qu’il faut regarder ! C’est le Christ qu’il faut contempler.

Les disciples sont restés : l’apôtre Pierre témoignera avoir été le témoin oculaire de la grandeur de notre Seigneur Jésus Christ, qui « a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire » (2 P 1, 16-19).

Dans ta lumière, nous voyons la lumière.

Dans ton amour, nous voyons le pardon.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

Vous avez la possibilité de recevoir les homélies du Père Lancrey-Javal en remplissant ce formulaire

Article précédent
Eviter que le serpent entre la tête
Article suivant
Contre toutes les formes d’injustice