Sursaut de dignité, sursis inespéré

5ème dimanche du Carême - 6 avril 2025

Jn 8, 1-11

Jésus s’était assis dans le Temple pour enseigner, nourrir l’intelligence, éduquer, éclairer, faire grandir, pas pour juger, quand arrive ce groupe d’hommes, eux aussi des enseignants, des scribes et des pharisiens qui « lui amènent une femme surprise en situation d’adultère ». Ils l’interrompent sans égard pour ceux qui sont là, et c’est pourquoi Jésus, dans un premier temps, refuse de répondre.
Leur propos est odieux dans la façon dont ils parlent de ces femmes-là : Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là.

Il faut visualiser la scène. Admirer le calme de Jésus. Dimanche prochain, des Rameaux et de la Passion, Jésus tiendra la place de cette femme qu’on veut condamner, et lui aussi gardera le silence : elle ne dit rien, ne se débat pas, ne crie pas.
« Maltraité, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (1ère lecture du Vendredi saint).

De très grands peintres ont représenté ou interprété la scène. Le Titien, dans un tableau peint vers 1520, conservé à Vienne, cadre sept personnages à mi-taille :

Jésus à gauche a la main pointée vers le sol, tandis que la femme est face à lui, la tête baissée. Entre eux, trois hommes scrutent Jésus, le premier la bouche ouverte l’interroge. La femme attend. Ce n’est pas d’elle que vient le ‘défi’ que rappelle le Psaume 94 : « Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, où vos pères m’ont tenté et provoqué. Ce peuple a le cœur égaré, il n’a pas connu mes chemins ».

Rembrandt, dans une huile sur bois réalisée en 1644, comme Nicolas Poussin dans un tableau de 1653 qui est au Louvre, représentent tous les deux Jésus également debout (contrairement au texte) mais la femme à genoux, comme en prière devant lui.

Ils nous donnent à voir ce moment mystérieux où ce qui est reproché à cette femme, de s’être éloignée de Dieu, est justement ce qui la ramène devant lui.

Il en va ainsi dans notre vie chaque fois que nous acceptons de lâcher prise, de ne plus être maîtres de notre destin, de renoncer à la toute-puissance comme à l’illusion d’impunité.

Cette femme qui attend en silence c’est nous chaque fois que notre destin ne nous appartient plus, que nous n’avons plus rien à faire qu’à ‘espérer contre toute espérance’.

La phrase est de saint Paul, à propos d’Abraham notre père dans la foi : « Espérant contre toute espérance, il a cru » (Rm 4, 18).

Voyez la continuité avec les évangiles des deux derniers dimanches, les paraboles du figuier stérile et du fils prodigue qui obtenaient l’un et l’autre pareille grâce de sursis, aussi inespéré.

Oui, c’est bien d’un sursis qu’il s’agit, littéralement d’une rémission des péchés, ainsi que le Christ avertit cette femme qu’il vient de sauver : désormais ne commets plus de tels péchés.
Ne recommence pas.
Il faut en avoir le désir véritable, sincère pour être pardonné, en prendre devant Dieu la ferme résolution, avoir en son cœur l’intention de changer. Et demander au Seigneur de nous aider.

Quand comprendrons-nous la valeur inestimable de ces sursis, ces rémissions pour notre Bien. Je pense avec tristesse à cette femme merveilleuse qui n’avait pas écouté les médecins après une première puis une deuxième alerte plus que sérieuses de santé : le salut était à sa portée.

Chaque sursis est une grâce, une rémission en vue de notre conversion, un appel à revenir à Dieu de tout notre cœur, à continuer à prier et supplier.

Elle est belle cette prière qu’on trouve dans le livre d’Esther, qui dit à peu près ceci :

Seigneur, viens à mon secours dans mon angoisse,
car je n’ai pas d’autre défenseur que toi.
Seigneur, j’ai appris que ceux qui te plaisent,
tu les libères pour toujours.
Aide-moi, car je suis seule et je n’ai que toi,
Seigneur mon Dieu, viens me secourir.
Fais que je reste digne et confiante en ton amour, Seigneur.

Dignes et confiants en ton amour Seigneur.

Sursaut de dignité, sursis inespéré.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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