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S’interroger sur sa loyauté :

29ème dimanche du temps ordinaire - 21 octobre 2018

Mc 10, 35-45

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Qu’est-ce qui ne va pas, qu’est-ce qui cloche dans la demande de Jacques et Jean, les fils de Zébédée ? Je vous la fais courte, pour ensuite développer. Ce qui ne va pas, c’est que c’est Jésus qui est à la droite du Père. Nous le rappelons chaque dimanche dans le Credo : il est assis à la droite du Père. En lui demandant de siéger, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche, les deux frères montrent qu’ils n’ont pas compris qui est Jésus, le Fils unique de Dieu, quelle est sa mission, nous conduire au Père, et que nous ne sommes fidèles à Jésus qu’en devenant les enfants de son Père. Si vous ne devenez pas comme des enfants de mon Père, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu.

Dans l’évangile de saint Matthieu, ce ne sont pas Jacques et Jean qui font cette demande, mais leur mère : « la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean, et elle se prosterna pour lui faire une demande » (Mt 20, 20). Leur maman : ce n’est pas très flatteur pour eux.
Jacques et Jean avaient tout quitté pour suivre Jésus, et leur mère avait suivi. Elle est allée plus loin qu’eux, présente à la Croix, avec ces femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir : parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée (Mt 27, 56). Saint Marc dit que c’étaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé (Mc 15, 40), et on en déduit que cette Salomé est la mère des fils de Zébédée, une autre Salomé bien sûr que la fille d’Hérodiade qui obtint la tête de Jean-Baptiste.
Salomé épouse de Zébédée voyait avec fierté que ses fils faisaient partie des favoris de Jésus : membres des Douze, ils composent avec Pierre le trio que Jésus prend avec lui à certaines occasions comme la Transfiguration ou la résurrection de la fille de Naïm. Ils sont bien placés : elle veut donc, si l’on peut dire, enfoncer le clou.

Que font-ils de Pierre ?

Pierre a disparu. « Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner ». Les dix : Pierre, dans le lot, ne joue aucun rôle particulier. Non seulement Jacques et Jean oublient Pierre dans leur demande alors qu’il est en tête dans le trio, mais il revenait à Pierre en tant que premier des Apôtres d’intervenir pour corriger les deux frères ! Vous noterez que lorsque Jésus promet à Pierre les Clefs du Royaume (Mt 16, 18), aucun des disciples ne jalouse ce privilège ni ne s’indigne comme ils le font tous ici.

Le mois dernier, après avoir lu une des tentatives d’explication de l’insupportable horreur dont tant de prêtres se sont rendus coupables (en l’occurrence un article de Mgr de Moulin-Beaufort dans la Nouvelle Revue Théologique de Janvier 2018 : « Que nous est-il arrivé ? De la sidération à l’action devant les abus sexuels dans l’Église »), je me suis réveillé en sursaut pour aller relire la Déclaration de Drancy, de repentance en 1997 des Evêques de France.
Vingt ans après, le sujet a changé, de l’antisémitisme à la pédophilie, avec une même focalisation sur l’Eglise d’un crime partagé par toute la société, et se dessine alors le visage et la mission de l’Eglise qui est autant de porter au monde la Bonne Nouvelle de l’Evangile que de combattre en son sein les fléaux de l’humanité qui est la sienne, du monde dans lequel elle vit. Qui contestera que ces perversions (l’antisémitisme, la pédophilie) touchent tous les milieux ? Un responsable parlementaire disait avec raison que le rôle d’une commission d’enquête serait d’analyser l’état du phénomène dans la société.

Face à ces perversions, nous avons fait preuve de lâcheté. Lâche, qui manque de courage, d’énergie ou de loyauté.

C’est le problème de la demande des fils de Zébédée : elle manque de loyauté. Elle n’est pas loyale à l’égard de Jésus parce qu’elle détourne une confiance qui leur a été accordée en vue d’une mission spécifique. Elle n’est pas loyale à l’égard de Pierre, ni à l’égard des autres apôtres. Jésus la compare aux abus des grands de ce monde qui ne sont pas loyaux ni à l’égard de Dieu dont ils tiennent leur vie et leurs talents, ni à l’égard des autres hommes avec qui ils sont à égalité de droits et de dignité.

Le péché est un manque de confiance en Dieu et en sa bonté. Le péché est un manque de loyauté, à l’égard de la Loi divine, que cette Loi soit écrite dans la Bible ou sur nos cœurs. Comme la demande de l’homme riche dimanche dernier, celle des fils de Zébédée est tournée vers eux-mêmes, et leur avenir post-mortem. La réponse de Jésus doit être entendue dans son intégralité : « Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé ». Cela ne fait pas partie de ma mission. Ma mission, pourrait-il ajouter, est de vous enseigner le courage, puisque je marche vers la Passion, l’énergie puisque c’est pour vous que je donne ma vie, et la loyauté à l’égard du Père qui m’a envoyé. Courage signifie énergie et loyauté. Il n’est jamais courageux de désobéir à la Loi, jamais courageux de pécher, jamais courageux de ne s’intéresser qu’à soi.

Avez-vous parfois l’impression de vous retrouver pris dans des conflits de loyauté, par exemple entre des amis qui se disputent, en couple entre vos parents et votre conjoint, au travail entre votre patron et votre équipe, ou encore entre vos proches et votre foi ? Comment fait-on pour discerner ? A qui doit-on sa loyauté ?

Comparez la demande des fils de Zébédée à celle du bon larron : "Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume" (Lc 23, 42). La réponse de Jésus donne le critère : "En vérité, je te le dis : aujourd'hui avec moi au Paradis". Il a le pouvoir de sauver. C’est son Nom : « Tu lui donneras le nom de Jésus c’est-à-dire ‘le Seigneur sauve’ ». Encore faut-il que nous soyons capables de nous reconnaître pécheurs, de reconnaître que sans lui nous sommes perdus. Capables de crier comme Pierre le fit un jour, une nuit : Seigneur, sauve-moi !

Cela m’amène à la différence entre gratitude et loyauté : la gratitude est tournée vers les autres mais vers le passé. Elle suppose un bien qui nous a été fait, un service qui nous a été rendu, indépendamment de la qualité de celui dont ça vient. Combien de personnes se sentent ainsi obligées, sont comme prisonnières, achetées par des services ou des biens, confondant gratitude et loyauté. La véritable loyauté est à l’égard de Dieu, mêlée de gratitude, avec un objectif (oublié par Jacques et Jean, comme par l’homme riche qui se croyait impeccable – ‘tout cela je l’ai observé’) : le pardon de nos péchés. La loyauté au Christ est amour de la vérité.

Posez-vous la question de votre loyauté, de savoir à qui vous l’accordez ou à qui vous la devez. Quelle est au plus profond la Loi qui vous oblige : est-elle celle de Dieu, de l’amour et de la charité ?

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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