Précédentes homélies

Fortifier l’homme intérieur :

22ème dimanche du temps ordinaire - 2 septembre 2018

Mc 7, 1-8.14-15.21-23

[audio http://www.paroissecompassion.fr/images/mp3/2018-0902-homelie.mp3]

Comment comprendre ce mal qui vient du dedans de l’homme, et qui le rend impur, et qui peut le souiller, le salir ? Comme on peut se sentir sale après un accès de colère, après s’être emporté au-delà du raisonnable. Pourtant elle ne fait pas partie, la colère, des douze ‘pensées perverses’ que Jésus énumère. En effet la colère n’est pas en soi une pensée mauvaise sans quoi elle n’aurait pas été éprouvée par Dieu – par Jésus lui-même (‘promenant sur eux un regard de colère’ Mc 3, 5). Elle n’a rien à voir avec ‘l’inconduite’ littéralement la ‘porneia’, ni avec la ‘démesure’, l’incohérence.

On entend souvent dire que dans la vie, « il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions. L'esprit de l'homme invente ensuite le problème. Il voit des problèmes partout ». La citation est attribuée à André Gide, qui en avait, lui, des problèmes avec l’inconduite, la porneia, en dépit de son talent.

L’expression ‘pensées perverses’ traduit un terme facile à reconnaître en latin et en grec : cogitations en latin et dialoguismes en grec, on pourrait dire : ‘petits dialogues’, sortes de discussions intérieures, comme nous en vivons tous sans cesse, mais encore faudrait-il savoir avec qui ? Avec qui avons-nous ces discussions intérieures, ces petits dialogues dans notre cœur : avec nous-mêmes, avec Dieu, ou avec nos démons voire le Tentateur ?

Les actes mauvais de l’homme sont de mauvaises réponses à de vrais problèmes.

Ce sont fondamentalement des ‘réactions’ que le Catéchisme qualifierait de désordonnées et la Bible d’abominables. De mauvaises réactions à de vraies sollicitations, des provocations que nous n’inventons pas, contrairement à ce que disait Gide.

Lorsque Jésus parle du dedans de l’homme, il parle de ce dialogue intérieur que nous avons dans notre cœur : ‘Que vais-je faire ?’
Ma question préférée selon Booba : qu'est-ce j'vais faire de tout cet oseille ? « Montre en diamants, lunettes de soleil. Sors les kalash comme à Marseille. Ma question préférée : qu'est-ce j'vais faire de tout cet oseille ? » C’était le rap de Booba et Kaaris en 2012 avant leur clash cet été au duty-free. C’est la parabole de l’insensé que Jésus raconte dans l’évangile, d’un homme dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il pensait pouvoir en profiter tout seul. Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée (Lc 12, 20). Ce que tu as préparé pour toi, pour qui cela sera-t-il ?

Nos pensées mauvaises ne viennent pas d’un fond mauvais : ce sont de mauvaises réactions, de mauvaises réponses à de vrais problèmes.

En ce dimanche de rentrée, il est juste de se poser deux questions : comment se protéger d’un environnement athée, agressif et transgressif, qui flatte nos mauvais instincts diraient certains, et provoque en nous de mauvaises réactions ? Tous ceux d’entre vous qui ont eu la chance de partir cet été, de changer d’air et de rythme, l’ont éprouvé à leur retour en retrouvant une pression qui ne suscite pas le meilleur de chacun.

Deuxième question : quel sera le programme de la paroisse, de votre église cette année ?

Ces deux questions sont liées et appellent la même réponse que saint Paul a synthétisée de façon magnifique : ‘fortifier l’homme intérieur’. Que le Seigneur « vous donne la puissance de son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur » (Ep 3, 16).

Comment faire face aux agressions extérieures : ce n’est pas en se lavant sans cesse comme le faisaient les Pharisiens, avant les repas, en revenant du marché, et à tous les contacts avec le monde extérieur ; ce n’est pas en construisant des murs pour nous protéger de ceux qui ne vivent pas et ne pensent comme nous ; ce n’est pas en se calant sur un passé imaginaire que l’évangile appelle ici la tradition des anciens, comme si ceux qui nous ont précédés étaient des modèles : ils n’étaient ni meilleurs ni pires que nous.

Le rôle de l’Eglise est d’être ce lieu de renouvellement et de construction de la vie intérieure, les uns avec et pour les autres. C’est le propre de la vie sacramentelle et de prière de travailler ensemble à cette guérison du cœur. Il n’est pas bon que nos paroisses urbaines se laissent intoxiquer par la course moderne à l’activité, aux propositions en tous genres, à la tentation de vouloir se rendre utiles. Pas plus qu’il n’est normal que nous retrouvions dans l’Eglise les comportements irrespectueux et inhumains qui nous accablent à l’extérieur. Pourquoi venir à l’Eglise si c’est pour y retrouver, parfois en pire, les mêmes réflexes humains ?

Ce que l’âme est dans le corps, la paroisse doit l’être dans le monde.

La phrase date du IIème siècle, de l’Epître à Diognète, qui dit : « En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde ». Ils sont extérieurement comme les autres, « ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. Ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité ».

Par où commencer ?

Par ces discussions intérieures que nous avons avec nous-mêmes, en nous-mêmes, ces cogitations ou petits dialogues intérieurs. Soyons-y attentifs pour nous demander à chaque fois avec qui  nous parlons : avec nous-mêmes, avec le Seigneur, présent au fond de notre conscience, ou avec le Tentateur ou l’un de ses démons ?

Lorsque je me parle à moi-même, avec qui est-ce que je parle ? Uniquement à moi-même ?

Venez à l’église : entrez dans une église vous remettre devant Dieu. Interrogez-le sur une difficulté, un problème que vous rencontrez ; faites taire les autres voix ; attendez la réponse. Pas la solution : la lumière. Il est bon d’attendre en silence le secours du Seigneur. C’est ainsi que se fortifie l’homme intérieur, dans l’épreuve du silence, en se rendant disponible à la Parole de Dieu.

Le mot d’ordre de la rentrée ? Patience mon cœur.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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