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Les trois dons et les trois non-dons :

Messe de la Nuit de Pâques - 15 avril 2017

Gn 1, 1 … Mt 28, 1-10

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Nous disons ou nous entendons parfois dire que Dieu nous a tout donné, parce qu’il nous a donné la vie, et mieux encore « la vie, le mouvement et l’être » dit saint Paul à Athènes (Ac 17, 28). L’expression est reprise dans une Préface du dimanche : « Vraiment il est juste et bon de te rendre gloire, Père très Saint, Dieu éternel et tout puissant de qui nous tenons la vie, la croissance et l'être. Dans cette existence de chaque jour que nous recevons de ta grâce, la vie éternelle est déjà commencée : nous avons reçu les premiers dons de l'Esprit par qui tu as ressuscité Jésus d'entre les morts et nous vivons dans l'espérance que s'accomplisse en nous le mystère de Pâques ».

Dieu nous a-t-il vraiment tout donné ?

Saint Paul le suggère en écrivant qu’il « n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » (Rm 8, 32).

La 2ème Lettre de saint Pierre est plus prudente qui dit que « sa puissance divine nous a fait don de tout ce qui permet de vivre avec piété » (2 P 1, 3) : il nous a donné tout ce dont nous avons besoin, pas forcément tout ce dont nous avons envie …

Disons plutôt qu’il nous a tant donné, comme l’affirme saint Jean : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Jésus Christ afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle (Jn 3, 16). En nous donnant son Fils, et l’Esprit, il nous a donné l’amour.

Mais non, il ne nous a pas ‘tout’ donné, et forcément, et heureusement, et surtout pas ! Surtout pas tout ! Il est indispensable dans la vie de savoir ce qu’il est possible et souhaitable de donner, et de ne pas donner.
Voilà ce que je vous propose ce soir, en reprenant une réflexion du Pape François de début février sur les trois grands dons de Dieu faits à l’homme dans la Création, et j’ajouterai ensuite les trois ‘non-dons’ : ce que Dieu, pour notre bien, ne nous a pas donné.

Le premier don de Dieu, disait le Pape, dans une de ces formules qu’il affectionne, c’est son ADN : « Avant tout, il nous a donné l’ADN, c’est-à-dire qu’il nous a fait fils, il nous a créé à son image et ressemblance, comme Lui. … Nous sommes comme des dieux, parce que nous sommes enfants de Dieu ».
Voilà ce que nous allons célébrer dans quelques instants avec le baptême de Laurence, Valérie et Anaïs : elles vont devenir enfants de Dieu, recevoir l’adoption filiale.

Tous les êtres humains ne sont-ils pas enfants de Dieu, puisque toute l’humanité est créée à son image ? Non, tout le monde ne reconnaît pas Dieu comme Père. Tout le monde ne se reconnaît pas dans la prière du Notre Père : cela suppose de croire à la vie éternelle, de croire que « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Jésus Christ afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ».

C’est par le Fils, et en Lui (Par Lui, avec Lui et en Lui), que nous sommes enfants du Père.

Le deuxième don de Dieu, disait le Pape, est un devoir, le devoir de poursuivre l’œuvre de la Création, de prendre soin de la Terre, de la faire fructifier, de la travailler, et pas de l’abîmer ou la détruire.
C’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée de cette homélie, car en parlant du travail, de l’œuvre à poursuivre, le Pape a dit que Dieu qui nous a tant donné – « c’est curieux, je me dis… "Mais… Il ne nous a pas donné l’argent". L’argent, qui nous l’a donné ? Je ne le sais pas. Les grands-mères disent que le diable entre par les poches. Cela se peut… Nous pouvons penser à celui qui a donné l’argent … ».

Après le baptême, vous allez recevoir, Laurence, Valérie et Anaïs, le sacrement de la Confirmation : "Sois marquée de l'Esprit saint, le don de Dieu", dirai-je au nom de notre Evêque, en traçant sur votre front une croix avec le Saint-Chrême, pour que Dieu confirme sa grâce – c’est Dieu qui confirme ! pour que l’Esprit continue le travail qu’il fait en vous.
Dans la vie, il ne suffit pas d’être : il faut continuer, poursuivre, durer. C’est une prière, inspirée par saint Paul, que Dieu continue ce qu’il a commencé : « J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus » (Ph 1, 6).

Le troisième don que révèle le Livre de la Genèse, c’est l’amour ! Dieu a tout créé avec sagesse et par amour. Je ne sais pas si nous avons la sagesse, mais nous avons l’amour : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », rappelait le Pape : « Dieu lui a donné une compagnie ». Il ne parlait pas de la ‘Compagnie de Jésus’ ! mais de la Communion : Dieu nous appelle à la communion, avec lui et entre nous.
Après le baptême et la confirmation, il y a la Communion que vous allez faire pour la 1ère fois.

Dans ce beau regard de gratitude sur la Création, le Pape nous invite à remercier « le Seigneur pour ces trois cadeaux qu’il nous a donnés : l’identité, la responsabilité et l’amour, c’est-à-dire la liberté. Demandons la grâce de prendre soin de cette identité d’enfants, de travailler sur le don qu’il nous a donné, et de faire avancer avec notre travail ce don, et la grâce d’essayer chaque jour d’aimer encore plus ».

Pour cela, il faut que nous soyons conscients de ce que le Seigneur ne nous a pas donné, voire interdit : les trois non-dons de Dieu.

Le premier, le plus connu, ressort du premier récit de la Création : nous l’éprouvons tous les jours, en permanence, c’est la maîtrise du temps. Lorsque, au quatrième jour, Dieu créa les grands luminaires, au firmament du ciel, pour séparer le jour de la nuit - servir de signes pour marquer les fêtes, les jours et les années, il ne les a pas placés sous notre domination. Dieu nous a confié la Création mais il ne nous a pas donné la maîtrise du temps.

Le deuxième récit de la Création apporte une deuxième limite, quand le Seigneur Dieu dit à l’homme qu’il pouvait « manger les fruits de tous les arbres du jardin, mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ». Il n’est pas en notre pouvoir de définir ce qui est bien et ce qui est mal. Je sais que notre époque s’y emploie, rageusement. Le connaître, connaître la différence entre le bien et le mal est le signe de la loi divine écrite en notre cœur : la loi naturelle. Mais le fixer, pire, le modifier, non, ce n’est pas en notre pouvoir.

Cela nous amène au troisième non-don, le plus difficile, l’impassibilité. Cela a été longtemps une des qualités ou propriétés de Dieu, et ça l’est effectivement, sauf que Dieu a souffert et même Dieu est mort en son Fils Jésus-Christ.
Avant de donner librement sa vie, de mourir pour nous, de nos péchés, le Christ Jésus a montré par ses paroles et par ses actes qu’il y a, dans la vie, une attitude absolument interdite : l’indifférence à la souffrance d’autrui.

Il est beau de le célébrer en cette église consacrée à Notre-Dame de Compassion. L’indifférence est un non-don de Dieu.

Trois dons : l’image, l’ADN de Dieu, la participation à l’œuvre de la Création, et l’Amour.
Trois non-dons : ni la maîtrise du temps, ni la falsification du bien, ni le rejet du prochain.

Laurence, Valérie et Anaïs, ce qui vous est donné ce soir, par votre baptême, par votre union et chemin d’union au Christ, est source d’émotion : à l’image de Dieu émerveillé devant sa Création, nous sommes appelés à ouvrir notre cœur à la beauté de la Vie.

Du cœur transpercé de Jésus sur la Croix sont sortis des fleuves d’eau vive pour que nous puissions à notre tour ouvrir notre cœur aux merveilles de Dieu et aux besoins de nos frères. C’est ainsi que nous sont donnés la Vie, le bonheur et l’éternité. C’est ainsi que nous entrerons dans la joie, la paix et la lumière.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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