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Sans la foi, l’amour perd son âme :

5ème Dimanche du Temps Ordinaire - 5 février 2017

Mt 5, 13-16

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Nous savons ce qui arrive à la foi qui se sépare de la charité, ce que sont ou font des croyants qui manquent d’amour : ils obscurcissent, ils salissent la religion. C’est beau de croire. C’est beau la religion, quand elle élève l’âme, quand elle rapproche les êtres et les peuples, quand elle fait grandir l’amour, la paix, l’espérance. Nous savons ce qui arrive à la foi qui se sépare de la charité : Jésus s’est heurté aux Pharisiens qui avaient ce travers. Ils étaient très croyants, - ne disons pas très pratiquants car la tolérance fait partie de la pratique religieuse, disons qu’ils étaient rigides. Qu’arrive-t-il à la foi qui se sépare de la charité ? Elle devient légaliste, intégriste, et même terroriste : elle ne voit plus que le résultat à atteindre, et elle est prête à tout pour faire triompher sa cause.
C’est arrivé à saint Paul (avant qu’il soit saint), animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur (Ac 9, 1). Ayant reçu une éducation strictement conforme à la Loi de nos pères, j’avais pour Dieu une ardeur jalouse, persécutant à mort ceux qui suivaient le Chemin du Seigneur Jésus (Ac 22, 3), jusqu’à sa rencontre avec le Christ, son ‘illumination’, au sens ancien du baptême. Une semaine après la fête, le 25 janvier, de la conversion de saint Paul, son illumination sur le chemin de Damas, nous avons fêté ce 2 février, la Présentation du Seigneur, la douce lumière pour éclairer les nations, la lumière qui brille sans aveugler : voyant ce que vous faites de bien, les hommes rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

La foi qui n’est pas éclairée par l’amour devient légaliste, intégriste et terroriste : L.I.T., elle va se déliter : se désagréger (se dit d’une substance), se décomposer ou se disloquer (d’un ensemble).

Nous savons ce qui arrive à la foi qui se sépare de la charité. Mais qu’arrive-t-il à la charité qui se sépare de la foi ? Qu’arrive-t-il aux Chrétiens qui ont abandonné la foi de leur baptême, de leur enfance, de leur histoire ? Une graine a été semée qui devrait pouvoir à nouveau germer, se disent les parents et grands-parents qui cherchent à se rassurer.

J’en retrouve au moment de leur enterrement. J’ai eu le cas en janvier d’une femme dont les deux filles étaient incapables de dire si elle était croyante.
Peut-on être croyant sans faire aucune démarche, aucune recherche, sans jamais entrer dans une église, sans avoir aucun lien aux autres croyants ? Elle n’était pas non plus athée, et elle donnait l’impression d’une sorte de ni-ni, ni croyant ni athée, l’équivalent religieux de l’indécision politique, sauf que cette femme était engagée politiquement, pas religieusement.
On peut discuter pour savoir si une personne qui ne professe aucune foi religieuse peut être secrètement croyante. On peut aussi, en suivant l’évangile à la lettre, voir ce que la personne fait de bien, qui brille le plus souvent pour ceux qui sont dans la maison. Sans pour autant qu’ils rendent gloire à Dieu …

Je voudrais vous rappeler trois choses.
D’abord, la démarche chrétienne consiste à apprendre à aimer. La vie chrétienne est une pédagogie de l’amour. Apprendre à aimer ceux qui nous dérangent, qui nous font peur ou en tout cas ne nous attirent pas parce qu’ils sont malades, lépreux, infirmes, qui sont exclus, qui sont étrangers, qui n’appartiennent pas à notre monde, ceux qui n’ont pas d’intérêt, pauvres, ignorants, tristes, malheureux.
La vie chrétienne est une pédagogie de l’amour, avec un maître, le Christ, et des disciples, les saints. Que sont les Saints et les Saintes ? Tous ceux qui ont été à bonne école, qui nous révèlent une partie de l’enseignement du maître, le Christ Jésus. Qu’est-ce qu’un chrétien ? Toute personne qui manifeste que Jésus est Seigneur, par la parole et par l’exemple, afin que nous fassions, nous aussi, comme il a fait pour nous (cf. Jn 13, 15, le lavement des pieds).
Ensuite, à qui s’adresse cet enseignement ? Non pas : qui est concerné ? Celui qui dirait qu’il n’a rien à apprendre en amour ferait sourire. Non, à qui s’est adressé cet enseignement historiquement ? Nous le voyons dans l’évangile : à des personnes ordinaires, des personnes comme vous et moi, à cette différence près avec aujourd’hui que c’étaient des croyants. Des personnes qui croyaient en Dieu, à la transcendance. Qui n’avaient pas érigé l’homme, qui ne s’étaient pas érigées elles-mêmes en entité ultime.

Enfin, mon rôle, le rôle de l’Eglise est de vous prévenir que le ni-ni, ni croyant ni athée, n’est pas longtemps possible, et qu’au plus tard, au jour de notre mort, et sans doute bien avant, vu le nombre croissant de musulmans dans notre pays, il nous faudra choisir. Il nous faudra répondre à la question que Jésus pose à Marthe, la sœur de Lazare, dans l’évangile de saint Jean, quand il lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra : et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Est-ce qu’on peut dire qu’aux croyants qui l’écoutaient, Jésus demandait d’aimer, d’apprendre à aimer, de ne pas séparer la foi de l’amour, et qu’à l’inverse, aujourd’hui, face au phénomène d’athéisme et d’indifférence religieuse si nouveau dans l’histoire, Dieu demande de prier : aux personnes qui laissent déjà de la place dans leur vie à l’amour et aux valeurs chrétiennes, aux personnes tendres et aimantes, Dieu demande de prier : de ne pas séparer l’amour de la foi.

La question n’est pas de savoir pourquoi l’amour se sépare de la foi. Il y a bien des raisons pour cela, bien des façons de perdre la foi, en cas de trahison, de grand malheur, succession de douleurs ou d’injustices. La question est : qu’est ce qui arrive alors ? Qu’est ce qui arrive à l’amour qui se sépare de la foi ? Il est comme le sel qui perd sa saveur, sa valeur, qu’on jette et qu’on piétine. Il est la lampe mise sous le boisseau, qui n’éclaire plus.
Qu’arrive-t-il à l’amour qui se sépare de la foi ? Il perd son âme, et devient lourd. Lourd et vite froid. La pesanteur sans la grâce. Mes amis, nous aurions tort de penser que ce sont les épreuves, la maladie, le grand âge qui viennent assombrir une existence. Cela nous rassure de le penser, que nous n’y serions pour rien, que cette tristesse serait légitime. En réalité, c’est ce qui arrive à l’amour qui se sépare de la foi : il perd sa joie, s’assombrit, s’étiole et se racornit, comme un ruisseau qui s’assèche quand la source est coupée.

Si nous sommes ici devant Dieu, si nous écoutons sa Parole, si nous refaisons à chaque messe les gestes de Jésus, c’est parce qu’en lui la vie rejaillit, parce qu’il est la source de l’amour, pas seulement le Maître, le Rabbi, le modèle, mais l’amour incarné, le Fils du Père. Il est la lumière du monde, tel qu’il s’est révélé avant la Résurrection.

Il y a cette scène formidable, après la Transfiguration, quand Jésus et ses apôtres, rejoignant les autres disciples, trouvent une foule, égarée et perdue : « Si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par compassion envers nous ! ». Pourquoi dire : “Si tu peux”… ? dit Jésus. Tout est possible pour celui qui croit. Aussitôt l’homme s’écria : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » (Mc 9, 25).

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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